lundi 18 février 2008

The United Sarkozy of America

La dynamique du discours du Président

Pour reprendre les propos de Bourdieu, « ni science, ni phantasme, le discours dominant est une politique, c’est-à-dire un discours puissant, non pas vrai, mais capable de se rendre vrai – ce qui est une façon comme une autre de se vérifier – en faisant advenir ce qu’il annonce, en partie par le fait même de l’annoncer » . Ce pouvoir symbolique de « faire croire » pour Nicolas Sarkozy ne s’improvise pas. Et pour convaincre, il faut illustrer par des mots, c’est là un ensemble de règle en communication politique. Pour Christian Le Bart, on ne s’exprime pas, lorsqu’on est un acteur politique sans un minimum de vigilance, sans penser aux effets de ce que l’on va dire .

Mais qu'est-ce que le discours politique?

Le discours politique, comme nous le rappelle Jean-Marie Cotteret, prend ses origines dans la plus haute Antiquité, il a été le ciment et le garant de notre démocratie . Comme Thucydide le rappelait à Périclès : « l’homme qui sait penser et ne sait pas exprimer ce qu’il pense est au niveau de celui qui ne sait pas penser ».

Cependant, il est délicat et dérisoire de donner une définition exacte à la notion de discours, puisque le terme de discours recouvre plusieurs sens selon les savants. Ce que l’on peut dire, c’est que le discours est une unité linguistique qui donne sens à des phrases formant un message écrit ou oral. Alpha Ousmane Barry, Universitaire en sciences du langage, confirme cette définition et l’approfondie en expliquant que « le terme de discours désigne aussi un ensemble d’énoncés de dimension variable produits à partir d’une position sociale ou idéologique ; comme c’est le cas par exemple de la déclaration d’une personnalité politique ou syndicale » .

Concernant le discours politique, Bourdieu parle d’un discours dominant sur le monde social qui n’a pour fonction seulement de légitimer la domination mais aussi d’orienter l’action destinée à la perpétuer, de donner un moral et une morale, une direction et des directives à ceux qui dirigent et qui le font passer à l’acte. Tel est le fondement du pouvoir que le discours dominant accorde à nos dirigeants politiques.

Christian Le Bart reprend Foucault pour s’intéresser à la diversité historique des formes de discours politiques et pour montrer comment la prise de parole, même lorsqu’elle est formellement libre, est encadrée par des interdits : « Je suppose, écrivait M. Foucault (1971), que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’avènement aléatoire, d’en esquiver la lourde, redoutable matérialité ». Dans la perspective ouverte par Foucault, on doit penser le discours politique par référence aux autres discours produits à la même époque : discours biologique, médical, économique, etc.

Références bibliographiques
- Pierre Bourdieu, « La science royale », Interventions, 1961-2001, Sciences sociales & action politique, textes choisis et présentés par Franck Poupeau et Thierry Discepolo, Éd. Agone, p. 145.
- Christian Le Bart, Le discours politique, Que sais-je ?, PUF, 1998, p. 10 & 43.
- Jean-Marie Cotteret, Gouverner c’est paraître, Réflexions sur la communication politique, PUF, 1991, p 27.
- Alpha Ousmane Barry, Pouvoir du discours et discours du pouvoir, Éd. L’Harmattan, 2002, 404 p.